Ma démarche

Illusoire 2
Ma pratique explore la distorsion du réel comme un espace de bascule où l’image cesse d’être une simple représentation pour devenir une présence sensible. À travers la photographie qui est un outil de dessin pour moi, la broderie qui me permet de retrouver la matérialité face à l’instant fugace du déclic, l’installation et l’usage de matières naturelles glanée au fil de mes promenades, je cherche à révéler ce qui échappe au regard direct : les fragilités, les interstices, les formes de vie discrètes ou menacées.
La distorsion n’est pas pour moi une altération mensongère, mais un déplacement. Elle ouvre une zone où le visible se trouble, où les contours se dissolvent, ou les équilibres changent et se réinventent où le réel se laisse traverser par d’autres temporalités — celles du vivant, du souffle, de la mémoire, de l’enfance, de l’impermanence.
Chaque série aborde ce glissement différemment : – par le flou, l’ombre, un rayon de lumière, la suspension ou l’apesanteur, – par la matière qui voile, protège ou révèle, – par la broderie qui répare, souligne ou perturbe, – par l’empreinte ou la trace laissée par le vivant.
Ces fragments forment un ensemble cohérent : un travail qui interroge notre rapport au monde, à ce qui se transforme, disparaît, ou surgit de manière aléatoire de l’éternelle contradiction du vivant. Sa préservation traverse mes gestes comme une nécessité silencieuse. Elle s’incarne dans l’attention portée aux matières qui dialoguent, aux rythmes naturels, aux formes fragiles qui demandent à être vues autrement.
Je cherche ainsi à créer des images qui ne documentent pas, mais qui respirent. Des images qui invitent à ralentir, à percevoir ce qui tremble, ce qui persiste, ce qui demande soin.
Impermanence